Un homme, tel que ceux qu’il avait si souvent vu à l’extérieur. Un être de la même race que ceux qui vivaient dans l'autre monde, avec deux jambes, deux bras et un corps tout en
longueur. Mais il semblait en même temps si différent. Il était à vrai dire méconnaissable. Si Binocle n’avait pas passé de longues heures déjà à observer ces êtres et s’il ne les connaissait pas
dans les moindre détails, il n’aurait jamais pu faire le rapprochement. L’homme était avachi contre le mur, au milieu de bouteilles vide et une odeur infecte se dégageait de chaque pore de sa
peau. Son visage était recouvert de poils drus et mal coupés, ne ressortait que deux yeux rouges et éclatés creusés par des cernes noirs et profondes. Sous sa barbe on devinait des gerçures et
des blessures mal cicatrisées. Sa bouche s’ouvrait sur des dents noircies et branlantes et à chaque son qui émanait de lui un filet de bave coulait le long de sa bouche. Ses yeux étaient éteints
et ses vêtements de véritable haillons. Il grommelait dans l’air en levant péniblement ses bras. Puis, il attrapa une bouteille en verre de sa main droite et tout en baragouinant péniblement
à l’encontre de Binocle, qui ne bougeait pas d’un poil, il lança à nouveau le projectile dans la direction du petit rat transit.
Binocle ne pouvait faire un mouvement, il était à nouveau happé par la peur. Son cerveau cessait de fonctionner et pourtant il ne cessait de se répéter Bouges
toi ! Mais bouges toi ! Mais rien ne venait. Pourquoi était-il si faible, pourquoi n’avait-il aucun contrôle, même pas sur son propre corps, ses propres mouvements, pourquoi ne
parvenait-il pas à maîtriser sa peur. C’était un faible. Il avait beau se sentir différent de ses confrères, plus érudit, plus savant, il ne savait même pas réagir aux situations les plus
primaires, celles qui faisaient appel à l’instinct naturel de tout être vivant. Il n’avait même pas le courage de fuir. Il n’avait pas la force de prendre les choses en main et il se laissait
terrasser par le peur sans même parvenir à éveiller son cerveau, une réaction, une étincelle, rien.
Alors que Binocle était immobile et qu’il voyait le projectile se diriger cette fois ci droit sur lui, il sentit une secousse qui le projeta sur le sol. Il s’écrasa sous le bruit
fracassant de la bouteille qui avait touché avec force le plancher poisseux. Il ne bougea plus. Puis il entendit une petite voix :
- Lèves toi vite ! On file !
C’est Mangaya la souris qui le pressait, accroupie à côté de lui. Elle s'était jeté sur lui au moment où elle avait vu la bouteille en
verre voler dans les airs au dessus de la tête de Bincole. Elle l'avait sauvé. Binocle la regarda, tout tremblant et prononca un semblant de merci d'un voix faible et chevrotante. Puis il se laissa
guider vers l'abri de la petite souris blanche.
Par Olivia Woerly
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Publié dans : Roman : Rattitude
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