Les deux compères s’étaient assis par terre, adossés contre le mur concave du tunnel. Binocle était abattu, il n’avait pas l’habitude que les choses lui échappent, il regardait
fixement ses pieds. Binocle faisait parti des gens qui devaient tout contrôler, tout le temps. Sans doute pour combler son manque de prise permanant sur l’état et les raisons de sa condition qui
régissaient sa vie, bien au-delà du monde tactile qui l’entourait, et qu’il lui semblait subir jour après jour sans pouvoir rien n’y changer. Ces questionnements vitaux qui le hantaient jour et
nuit et auxquels il ne pouvait apporter aucune réponse, tout juste des hypothèses. D’où son besoin permanent de contrôler entièrement le monde empirique, à défaut de contrôler le monde
spirituel.
Mais Mangaya la souris n’était pas de ceux qui se laissaient abattre. Elle regarde Binocle avec détermination :
- Bon ! Viens je t’emmène chez moi ! Tu es encore faible et tu as
l’air si perdu, il ne vaut mieux pas que tu restes ici tout seul.
Binocle sursauta. Mangaya avait parlé avec fermeté et il se demandait comment un être si petit, bien plus petit que lui, pouvait avoir autant de confiance et de force dans la voix.
Binocle ne résista pas, de toute façon que pouvait il faire, il avait perdu prise, il ne savait plus où aller ni quoi penser et il avait encore terriblement mal à la tête. Il eu une pensée
nostalgique pour sa chaussette bien douillette et sa boîte de conserve parfumée et se mit en route derrière la petit souris Managaya. La petite souris blanche passa à travers divers tunnels et
chemins de plus en plus étroits et Binocle sentit qu’il commençait à avoir du mal à faire passer sa carcasse à travers tous ces passages. Mais la petite souris filait et Binocle ne voulait pas
perdre la cadence, de peur de se retrouver à nouveau abandonné dans un endroit qui lui était totalement inconnu. A l'extrémité d’un long tunnel, que Binocle traversait péniblement,
la petite souris s’arrêta net, se retourna avec un sourire malicieux et lui lança :
- On y est presque !
Binocle était rassuré, il n’en pouvait plus. Le petit tunnel étroit débouchait sur une immense pièce désaffectée. De hautes fenêtres crasseuses laissaient entrer une lumière sombre
à travers laquelle on devinait l’abondance de poussière qui se dessinait en des milliers de petits flocons scintillant et une atmosphère lourde et grisâtre. Binocle n’avait jamais rien vu de
semblable. L’immensité de la pièce le stupéfiait. De grandes étagères à moitié cassées et chancelantes se tenaient en rang, de toute leur hauteur, dans un ordre qui dissonait au milieu du chaos
apparent. Binocle s’exclama :
- C’est chez toi ?
Et la souris répondit en rigolant :
- Non c'est un tout petit peu plus loin ! Là-bas au
fond!
La souris pointa une petite trappe dans le coin opposé de la pièce. Une entrée si petite qu’elle était à peine perceptible de là où ils se trouvaient. Alors que Binocle se
réjouissait à l’idée de pouvoir s’offrir un bon repas et un peu de repos, il entendit un étrange grommellement.
Commentaires Récents