Binocle entendit une voix lointaine, comme un écho. Elle répétait quelque chose, mais il ne saisissait pas son sens. Il ne parvenait qu’à entendre une suite de syllabe, qui se
répétaient les unes après les autres, sans signification précise. Il avait froid. Le froid et l’humidité enveloppaient tout son corps. Le sol était rigide sous son corps et il sentait une
douleur aigue à la tête. Cette voix, qu’est-ce que c’était, elle parvenait à son cerveau, mais il n’en déchiffrait pas la signification. Il ne parvenait pas à faire de cette suite de syllabe un
mot doté d’un sens connu. Tout était flou dans sa tête. Il se demanda s’il était mort, s’il était passé dans l’autre monde. Si c’était le cas il était certes un peu déçu, il ne voyait pas
ça de cette façon. Un sol humide et froid, une douleur à la tête, un environnement sombre et une voix lointaine et incompréhensible. Il avait toujours vu en la mort une lumière
éblouissante et enveloppante, une douceur et une chaleur rassurante, une paisibilité. Non vraiment si c’était ça la mort, il était vraiment déçu. Il se concentra et tenta d’ouvrir un œil mais
tout était flou. Il n’aperçut qu’une masse blanche et mouvante à côté de lui. Il lui sembla que cette masse le secouait doucement, d’avant en arrière, comme pour le réveiller. Il se concentra
encore, la voix lointaine se précisa :
- Hého ! Réveille toi ! Hého ! Est-ce que ça va ?
Réveille toi !
Et cette phrase se répétait, inlassablement. La tête endolorie de Binocle ne parvenait pas à envoyer un signal nerveux jusqu’à ses membres pour les faire bouger. Il tenta de
prononcer un mot, mais il ne put que pousser un faible gémissement étouffé. La petite voix continua de plus belle. C’était une petite voix douce et aigue.
- Tu m'entends ? Ca va ? Je vais t’aider à te relever…
La masse blanche et mouvante sembla presser plus fort contre le corps de Binocle. Elle le poussa pour l’aider à se lever. Elle parvint à le retourner. Binocle se concentra de plus
belle, et fixa son regard sur la masse inconnue. Ses contours devinrent moins flous, jusqu’à ce que sa vision retrouve sa netteté d’origine. Il aperçut alors une petite tête blanche assorti d’un
museau fin et frétillant et surmontée de deux petites oreilles arrondies. Binocle parvint à bégayer :
- Je suis mort ? Qui êtes vous ? Je suis mort…
Son interlocutrice se mit à rigoler doucement :
- Mais non tu n’es pas mort, je t’ai trouvé évanoui ici, dans ce tunnel. Tu
as dû tomber et te cogner la tête parce que tu as l’air bien sonné. Je me présente Mangaya la souris. Et toi ?
Binocle ne répondit pas. Il se contenta de l’observer, étonné et curieux. C’était la première fois qu’il rencontrait une souris. C’était même la première fois qu’il en voyait une
en chair et en os. Il en avait souvent entendu parler autour de lui, on les avait souvent décrites, mais à force de rester isoler et de ne vivre que pour lui-même, il ne s’était pas seulement
éloigné de ses semblables mais aussi de tout autre créature susceptible de lui ressembler d’une quelconque façon ou d’entretenir des liens avec lui et son espèce. Il n’avait pas non plus
l’habitude des présentations. La souris Mangaya insista :
- Hého ! Réponds ! Tu es qui toi ? Tu m’entends ?
Binocle finit par ouvrir la bouche et bafouilla :
- Moi...c’est Bincole…
La souris parue enchantée. Elle lui attrapa la patte et la secoua de haut en bas :
- Contente de te rencontrer. Il faudra que tu me racontes comment tu t’es mis
dans une situation pareille. Viens lèves-toi, je vais te ramener chez toi !
Elle attrapa Binocle avec ses petites pattes, et le remis sur ses pieds. Binocle était encore sonné, décidément cette journée était bien étrange.
à suivre...
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